ENTRELACS
ENTRELACS a réuni les 03, 04 et 05 juin à la Cité Internationale des Arts une soixantaine de chercheurs et artistes venus partager activement avec le public leurs vues sur quatre questions essentielles dans la vie, la pratique et la pensée de Dominique Malaquais : arts, violences et capitalocène ; "villes flux" et imaginaires urbains ; pratiques curatoriales ; nouvelles écritures de l’histoire à travers la programmation de rencontres et performances.

Cette manifestation a été conçue et portée par les proches, les amis, collègues et admirateurs de Dominique Malaquais, disparue en octobre 2021. Historienne de l’art et politiste, Dominique a voué sa vie et ses travaux aux mondes africains et, plus particulièrement, à leurs cultures urbaines et à la scène artistique contemporaine. C’est à son ultime travail que cette manifestation emprunte son titre.

A cette occasion a également été inaugurée l'exposition éponyme qui présente, les pratiques entrelacées de commissaires d’exposition et d’artistes, qui ont généreusement accepté de participer à ce projet, interrogeant les relations de pouvoir et envisageant d’autres futurs possibles.

Plus d’infos 

Extrait
Ce qui m’amène aux livres.

J’en ai beaucoup, collectés avec beaucoup de plaisir. Il y a mes préférés. Première édition du Devoir de violence, trouvée dans une kermesse à Korhogo en 1985. The Executioner’s Song, en poche, couverture arrachée, dédicacé par l’auteur. The Bluest Eye. Bastard Out of Carolina. Les livres écrits par mon père.

Tous ne partiront pas, bien sûr, mais la majorité si – quelque 6000. Ce dont il est question ici : un départ pour le Cap, le moment venu. C’est une bibliothèque tendance mangrove. Je m’explique. Elle a pour principal centre d’intérêt la non-Europe. L’Afrique et ses diasporas  sont très présentes. L’intention, néanmoins, n’a jamais été de fair méthode, sens, structure. Pas de complétude. Rhizomes, paysage de racines aériennes, petits pontons menant de là à là. L’art d’abord, classique comme ultra-contemporain, mais aussi la boxe. Passablement de poésie. La prison. Les villes, partout au monde mais surtout pensées depuis le continent. L’adobe, du Bandiagara au pays pueblo. Camps de voyageurs, de réfugiés, de pêcheurs kwakwaka'wakw. Moins de romans qu’on aurait pu le penser, mais les choses changent vite (je suis boulimique) et puis il y en a ailleurs, tout un box, d’Amado à Zola. Cosmocide et cyborgs. Congo et Cameroun ou plutôt Kinshasa, Douala. Le Cap aussi, justement. De l’incongru (j’ai eu un passage cosplay ; faux et faussaires m’ont un temps fascinée). Pyramides maya (Palenque, en tout premier), rencontrées à dix-neuf ans ; surréalisme mexicain. Blues, histoires de funk. Une période Watergate et plus largement CIA (Contras et torture) ; Abu Ghraïb ; Edward Said, Eyal Weizman. Frantz Fanon. De
la race et de son invention.

S’il fallait trouver un fil rouge, on pourrait dire que ces livres, ensemble, font kit. On est dans cette bibliothèque comme on est avec moi: quelque part entre pessimisme et certitude de beauté. Petit kit pour bombe à hydrogène, celle qu’imaginait Sony Labou Tansi : un machin qui met tout sens-dessus-dessous, parce que l’indicible, la beauté précisément, est de l’ordre du possible.


Entrelacs p.171
Dominique Malaquais


Crédits
Conception de l’exposition : Lisa Brittan, Kadiatou Diallo, Jean-Christophe Lanquetin, Gary Van Wyk // Scénographie : Jean Christophe Lanquetin et Elise Villatte.

01-08. Vernissage de l’expostion Entrelacs, Maurine Tric